Certains, au sein de la mouvance nationaliste européenne, essaient de résumer  la situation au Liban à l’opposition entre chrétiens et musulmans. D’un côté, les très gentils chrétiens voulant l’indépendance du Liban et de l’autre, les très méchants musulmans voulant faire du Liban, un état islamiste aux ordres des islamo-fascistes d’Iran et de Syrie.

Malheureusement, cette surenchère dans le « politiquement correct malgré tout un peu correct » est une erreur non seulement  stratégique mais aussi factuelle.

Ce qui se passe au Liban n’est pas une opposition entre des religions ou des modèles différents de civilisation mais bien la lutte entre deux blocs, comprenant chacun des chrétiens et des musulmans.

Le premier bloc reprend la majorité parlementaire actuelle (élue avant la dernière guerre israélo-libanaise) et soutient le premier ministre Siniora. On y retrouve les chrétiens des Forces Libanaises et une partie du Parti Kartaeb (les Phalanges) mais aussi de nombreux responsables musulmans sunnites et principalement les proches de l’ancien premier ministre Hariri dont l’assassinat en février 2005 a bouleversé les cartes politiques au Liban. Rappelons que Hariri avait les faveurs du régime saoudien. Ce bloc est ouvertement pro-américain.

En face, on retrouve des musulmans (principalement chiites) avec le Herzbollah et le parti Amal mais aussi le parti chrétien du général Aoun (Courant Patriotique libre). Aoun fut chef de l’armée libanaise et premier ministre jusqu’à qu’il soit chassé du pouvoir en 1990 après avoir perdu sa guerre de libération conte la Syrie. Faisant figure de héros de la résistance anti-syrienne, sa coalition avec le Herzbollah montre bien que le problème libanais actuel ne se base pas sur un fond communautaire mais bien entre les pro-USA et anti-USA. A noter que certains éléments des Kataeb (Phalanges libanaises) soutiennent aussi cette coalition anti Siniora.

Il est regrettable que certains, au sein de notre propre mouvance, n’aient pas dépassé les vieux schémas libanais des années 70 et passent sous silence, les positions de plusieurs partis et dirigeants chrétiens.

Effaçons donc cette lacune et expliquons qui sont ces chrétiens libanais dont personne ne parle.

Michel Aoun

Chrétien maronite, de famille modeste et très religieuse, il fréquente des écoles catholiques. Il termine ses études en 1956 et s’engage à l’Académie militaire comme officier cadet. Trois ans plus tard, il obtient le grade d’officier d’artillerie au sein de l’armée libanaise

Lors de l’invasion du Liban par Israël en 1982, Aoun, alors lieutenant-colonel, mobilise un bataillon armé pour défendre le palais présidentiel de Baabda, craignant qu’il ne soit l’objet d’attaques. Puis, lors de la guerre civile libanaise, en septembre 1983, la 8e brigade d’Aoun combat avec succès les milices alliées druzes (Walid Joumblatt), palestiniennes et syriennes dans la bataille de Souq el-Gharb. En juin 1984, Aoun est nommé commandant en chef de l’armée libanaise.

En septembre 1988, le président sortant Amine Gemayel désigne Michel Aoun comme premier ministre jusqu’à la tenue de nouvelles élections.

Le premier ministre démissionnaire Salim El-Hoss s’oppose à Aoun sous la pression de la Syrie. Deux gouvernements sont formés, un gouvernement civil tenu par al-Hoss à Beyrouth-Ouest, et un militaire dirigé par Aoun à Beyrouth-Est.

Suite aux attaques et aux attentats répétés de l’armée syrienne, Aoun lance la « guerre de libération » le 14 mars 1989. Dans les mois qui suivent, l’armée libanaise d’Aoun et les forces syriennes s’opposent dans des combats à Beyrouth.

La position de Aoun se détériore lorsque Saddam Hussein lance l’invasion du Koweit le 2 août 1990. Les États-Unis recherchent le soutien des pays arabes pour légitimer leur intervention et le président syrien Hafez el-Assad se range alors à leurs côtés. En retour, les États-Unis acceptent tacitement que la Syrie prenne le contrôle du Liban. Le 13 octobre 1990, Hafez el-Assad, allié depuis le mois d’août des Américains, des Britanniques et des Français dans le conflit du Golfe, lance ses troupes à l’assaut des régions contrôlées par Aoun et du Palais Présidentiel.

Vaincu militairement et abandonné par les Occidentaux, Aoun part en exil en France. Empêché par les autorités françaises d’exercer toute activité politique, Michel Aoun lance par procuration un parti politique, le Courant patriotique libre qui n’aura de cesse d’œuvrer pour la libération du Liban de l’occupation syrienne.

En 2003, le candidat du CPL s’approche de façon inattendue de la victoire dans une élection clé dans la circonscription de Baabda-Aley avec le soutien de figures politiques opposées à l’occupation syrienne telles Solange et Nadim Gemayel (la veuve et le fils de l’ancien Président Béchir Gemayel, qui fut assassiné en 1982.

Aoun se rend à Beyrouth le 7 mai 2005 après 15 ans d’exil en France. Le 14 juin 2005, Michel Aoun est élu député de Kesrouan du Mont-Liban. Son bloc parlementaire comporte actuellement 21 députés.

Le 6 février 2006, et après plusieurs mois de négociations entre le CPL et le Hezbollah, le général Michel Aoun rencontre Hassan Nasrallah (secrétaire général du Hezbollah) pour signer un document d’entente de 10 points concernant directement l’avenir du Liban.

Le 1er décembre 2006, Michel Aoun, en qualité de porte parole de toute l’opposition appelle à la démission du gouvernement Siniora lors d’une manifestation réunissant 800 000 personnes.

Les Kataeb

Les Phalanges libanaises (Kataëb) ont été fondées en 1936 par Pierre Gemayel. Lors de la guerre civile, les Phalanges constitueront une des principales milices libanaises.

En 1975, le mouvement revendique 80 000 adhérents. En 1982, alors qu’Israël envahit le Liban, Béchir Gemayel, leader de fait des Phalanges, est élu président. Mais il est assassiné le 14 septembre 1982. Son frère Amine Gemayel est élu à sa place. Par après, suite à des dissensions au sein du camp chrétien et aux pressions syriennes, Amine perdra le pouvoir.

Récemment, au sein du parti, les divisions se sont accentuées à propos du soutien au gouvernement en place. Une partie des Kataeb a d’ailleurs participé aux manifestations monstres de l’opposition contre le premier ministre Siniora et des anciens proches de Bechir Gemayel se sont rapprochés récemment du général Aoun.

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