Depuis le début de la semaine, les diplomates européens en charge du Proche-Orient s’usent les yeux sur l’interview fleuve d’Avigdor Lieberman, publiée dans le quotidien israélien Jerusalem Post du 28 avril.

Dans cet entretien, le nouveau ministre des affaires étrangères israélien, qui devait débuter, dimanche 3 mai, une tournée sur le Vieux Continent, confesse son agacement devant l’empressement de ses collègues occidentaux à brandir les grands principes de règlement du conflit israélo-palestinien que sont « la solution à deux Etats » et « la terre contre la paix ». De simples « slogans », estime le chef du parti populiste Israël Beitenou (Israël, notre maison), qui, à l’image du premier ministre Benyamin Nétanyahou, refuse d’évoquer la création d’un Etat palestinien et s’oppose au processus de paix d’Annapolis, mené en 2008 par le gouvernement d’Ehoud Olmert.

Les chancelleries, qui espéraient dénicher dans cet entretien des signes d’un possible assouplissement de leur futur interlocuteur, ont donc déchanté. « Tenir des propos pareils à la veille d’une tournée en Europe, c’est déplorable, confie une source diplomatique européenne. Mais compte tenu de ce que l’on sait du personnage, ce n’est pas surprenant. »

La première visite sur le territoire européen de M. Lieberman depuis qu’il a été nommé à la tête de la diplomatie israélienne, le 1er avril, devait commencer par une escale à Rome, dimanche. Il se rendra ensuite, mardi, à Paris. M. Lieberman s’arrêtera également à Berlin et à Prague, la capitale de la République tchèque qui assume la présidence tournante de l’Union européenne (UE), où il rencontrera notamment Javier Solana, le diplomate en chef des Vingt-Sept.

« On ne va pas sortir les couteaux, dit un diplomate français. Ce sera courtois et ferme. En tant que ministre des affaires étrangères d’un pays ami, on ne pouvait pas ne pas le recevoir. » Cette remarque inhabituelle dévoile l’embarras feutré que cause l’arrivée au Quai d’Orsay de M. Lieberman le boutefeu, résident d’une colonie de Cisjordanie, au moment où la France boycotte le mouvement islamiste palestinien Hamas, auquel il est reproché de ne pas reconnaître Israël.

Pour désamorcer les critiques, les responsables israéliens martèlent que la position du nouveau gouvernement sur le dossier palestinien est en cours d’élaboration et qu’elle ne sera pas détaillée avant la visite de M. Nétanyahou à la Maison Blanche, le 18 mai.

EFFET REPOUSSOIR

A défaut de propositions, M. Lieberman s’efforcera d’atténuer l’effet repoussoir de ses déclarations publiques. Il tentera de gagner des points sur la question du rehaussement des relations entre Israël et l’UE, engagé en décembre 2008 et, de facto, gelé depuis la mise en place du nouveau gouvernement israélien. Récemment, Benita Ferrero-Waldner, la commissaire européenne aux relations extérieures, avait suscité l’ire du gouvernement israélien en estimant que la suspension des relations devait être maintenue tant que le processus de paix n’était pas relancé. En représailles, un diplomate israélien a menacé d’exclure l’UE de tout processus diplomatique. Enfin, M. Lieberman devrait aborder le dossier iranien, qu’il considère comme  » le plus gros obstacle à un règlement global » au Proche-Orient.

Sur tous ces points, le désaccord risque d’être patent avec le Quai d’Orsay. « La ligne israélienne, c’est d’abord l’Iran et ensuite le processus de paix, dit un diplomate. Nous, c’est exactement l’inverse. Il n’y a pas d’alternative à la création d’un Etat palestinien. »

La suggestion de M. Lieberman de remplacer le processus d’Annapolis par la « feuille de route », le plan de paix par étapes du Quartet (Etats-Unis, UE, ONU et Russie), ne convainc pas non plus. « Le problème, c’est qu’avant de mettre en oeuvre les obligations qui lui incombent dans la feuille de route, Israël dit que les Palestiniens doivent remplir les leurs, explique un autre fonctionnaire du Quai d’Orsay. Or il est de notoriété publique que les seuls à s’être acquittés de leurs obligations, ce sont justement les Palestiniens. »

Pour son premier déplacement à l’étranger, le ministre Lieberman risque de continuer à entendre beaucoup de « slogans ».

Benjamin Barthe (Le Monde)

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